Observations d’une dépendance.

by iNerg4l

  • Peinture de Giacomo Balla, Velocità Astratta, 1913.

Ils étaient tous pressés. A regarder leur montre au poignet sans arrêt. A allumer, éteindre, rallumer, ré-éteindre l’écran de leur mobile continuellement. A l’affut de toute permutation de chiffre au fils des secondes, des minutes, des heures qui s’échappent. La diversité des éléments qui m’entourent m’offre un spectacle délectable dans ce métro bondé, et, régit par la fatigue et l’empressement d’un monde où le temps est maître. Je suis ainsi spectatrice de ces mouvements cycliques et perpétuels qui animent cette masse de zombies conditionnés par cette entité fuyante. Des horloges, il y en a partout. On en vient à être coupable lorsqu’il continu son chemin sans nous. Alors on reste en mouvement et on le suit docilement.

Pour déculpabiliser, inconsciemment, certains lisent, tandis que d’autres s’agitent inquiet d’un potentiel retard. Quelques têtes rêvassent le regard perdu en direction du paysage sordide et charbonneux qui s’offrent à eux à travers la vitre en plexiglas, où les railles forment des lignes discontinues floutées par la rapidité du transport. Au milieu de ces anonymes, des visages s’animent et se touchent pour se saluer, rite de passage promulguant la venue nauséeuse des échanges de banalités, sans pour autant oublier la séparation brutale et inévitable du prochain arrêt.

Chacun parvient à sa façon à échapper à l’ennui ; punition du temps sur l’esprit et le corps paresseux. Toujours quelque chose à faire, toujours quelque chose à penser. L’inactivité est prohibée, la productivité est obligée.

J’en viens moi-même à poser fatalement mes yeux sur ces chiffres tortueux. Un amer goût de défaite me plomb le morale. L’importance que l’on donne à cette dépendance est exactement la même que l’on voue inconsciemment au dioxygène, et c’est elle qui nous unie dans cet espace infini, les un aux autres. Et nous sommes obligés, par souci vital, de nous soumettre à ces assujettissements, – pour le peu que cette première existe réellement –, car sans elles, on se dirige tout droit vers notre mort sociale et physique.

Temps révolu, temps perdu !

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